Définition
Cette fiche est dédiée à l’utilisation des produits cosmétiques à visée esthétique tels que le maquillage, les vernis ou les soins du corps (par ex. produits hydratants, raffermissants, anti-âges, de massage), pouvant également être utilisés pour le confort ou le bien-être. La question spécifique des produits d’hygiène (savons, dentifrices, shampoing, etc.) est traitée dans une fiche à part (voir fiche hygiène).
Messages clés
- Les produits cosmétiques contiennent de nombreuses molécules dont certaines peuvent présenter des effets toxiques à court terme (ex : irritations, allergies) ou à long terme (ex : perturbation endocrinienne)
- Les produits cosmétiques non rinçables, dont font partie les produits de maquillage ou les vernis, vont rester au contact du corps de manière prolongée, augmentant l’exposition
- L’utilisation de produits cosmétiques est associée à une augmentation des concentrations de certains composés chimiques dans les urines et le sang
- La grossesse est une période de plus grande vulnérabilité : certaines substances peuvent interférer avec le développement et la croissance de l’embryon et du fœtus, du fait de son métabolisme immature
- Il est recommandé de réduire les usages de cosmétiques chez les femmes enceintes, allaitantes ou en désir d’enfant (ou à défaut, de les orienter vers des produits les moins à risque possible)
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Etat des connaissances
Une étude française sur les usages de cosmétiques, publiée en 2015, rapportait que les femmes adultes utilisaient en moyenne 16 produits cosmétiques distincts par jour. Chez les femmes enceintes, ce chiffre montait à 18 produits par jour, avec une faible diminution des usages pendant la grossesse.
De nombreuses études, notamment américaines, ont montré que l’utilisation des produits cosmétiques était associée à une augmentation des niveaux d’exposition à certaines molécules chez les adultes, comme les phénols, les parabènes, les phtalates, certains phosphates ou cétones.
En France, ces études sont plus rares.
- Dans un travail conduit par Santé publique France (SpF) sur 4145 femmes de la cohorte ELFE (France métropolitaine), les auteurs retrouvaient une concentration urinaire totale des métabolites du DEHP (un phtalate) augmentée de 27% chez les femmes utilisant plus de 5 produits cosmétiques par jour, par rapport aux femmes qui n’en utilisaient que 2 à 3 par jour.
- A partir d’un échantillon aléatoire de 451 femmes de la cohorte PELAGIE (Bretagne), les concentrations urinaires d’acide phénoxyacétique (métabolite du phénoxyéthanol, un conservateur utilisé dans les cosmétiques) étaient plus élevée chez les femmes exerçant le métier de coiffeuse ou esthéticienne, que chez les femmes d’autres professions.
- L’étude Estéban a étudié la concentration urinaire de différents composés chimiques chez plusieurs centaines d’adultes entre 2014 et 2016. L’étude rapportait des niveaux quantifiables chez 99,8 % des sujets pour l’acide phénoxyacétique, avec une concentration augmentée chez les participants déclarant utiliser des produits déodorants (+55,7 %) ou « cosmétiques » (maquillage, vernis ou dissolvant) (+147 %). Pour les parabènes, le niveau de détection urinaire variait de 0% à 93,3% en fonction du type de parabène, avec une augmentation du niveau de méthyl-parabène de 97% chez les participants rapportant un usage de crèmes et produits pour le corps, et de 207% chez ceux rapportant un usage de produits cosmétiques (maquillage, vernis ou dissolvant).
Certains cosmétiques contiennent des molécules sous forme de nanoparticules susceptibles d’exposer les usagers, y compris à certaines particules métalliques, potentiellement toxiques. L’impact réel des usages sur les niveaux de contamination des individus en nanoparticules reste encore méconnu et peu étudié.
Concernant l’impact des produits cosmétiques, une étude de cohorte chinoise menée chez 9710 femmes enceintes retrouvait un risque augmenté d’enfant petit pour l’âge gestationnel chez les femmes utilisant des cosmétiques sur le visage (maquillage, lotion, crèmes…) après correction sur les facteurs de confusion (OR = 1,23 ; IC 95% 1,04 – 1,44). Le risque augmentait avec la fréquence d’utilisation, allant jusqu’à un OR à 1,83 (IC 95% 1,25 – 2,69) chez les femmes qui rapportaient un nombre d’utilisations supérieur à 5 par semaine.
Même s’il existe peu de données sur l’impact des usages de produits cosmétiques en tant que tels sur la santé, de nombreux ingrédients contenus dans ces produits sont reconnus pour leurs propriétés allergisantes ou irritantes (conservateurs, tensio-actifs, filtres UV, substances parfumantes, etc.). L’exposition aux substances chimiques est accentuée lors de l’utilisation de produits volatils (ex: parfum, vernis, …). Différentes substances connues pour leurs potentiels effets toxiques sont également présentes dans les produits cosmétiques (ex. phtalates, phénols, parabènes, antibactériens, solvants organiques, formaldéhyde, métaux lourds), dont certaines sont suspectées d’être des perturbateurs endocriniens.
Les effets suspectés de ce type de composés sont variés, incluant des troubles du métabolisme (obésité, diabète), des troubles de la fertilité, ou un risque accru de certains cancers (sein, prostate, testicule). Pour la femme enceinte, il semble également exister un risque accru d’issues de grossesse défavorables (petit poids pour l’âge gestationnel, prématurité, malformations congénitales) ou des altérations du neurodéveloppement chez l’enfant (cognition, comportement, troubles du spectre autistiques).
L’impact réel de l’usage des cosmétiques sur la santé reste cependant à confirmer par des études prenant mieux en compte l’exposition (demi-vie parfois courte des molécules dosées, co-exposition), ou la présence de possibles effets cocktails.
A noter l’existence de certains travaux qui ont cherché à évaluer l’efficacité de stratégie de réduction des expositions. Dans une étude interventionnelle publiée en 2016, Harley et al. ont substitué les produits cosmétiques habituels par des produits cosmétiques certifiés sans phtalates, parabènes, triclosan et 3-benzophenone chez 100 jeunes femmes (1). Après 3 jours d’intervention, les concentrations urinaires de 3 métabolites de phtalates étaient diminuées de 27%. Des résultats similaires étaient obtenus avec les mesures de triclosan (-35.6 %) et le 3-benzophenone (-36 %). Les résultats étaient plus contrastés avec les parabènes.
En pratique
Recommandations générales concernant l’utilisation de produits cosmétiques chez la femme enceinte et allaitante -en complément des recommandations générales sur les produits d’hygiène quotidienne– :
- Déconseiller l’utilisation de parfums, vernis à ongle et dissolvant
- Limiter l’utilisation de maquillage et de soins esthétiques du corps. A défaut, orienter vers des produits labellisés ou présentant une liste d’ingrédients la plus courte possible (voir fiche label)
- Limiter l’utilisation de produits “non rinçables” ou en spray, susceptible de majorer l’exposition aux substances chimiques
- Les applications pour smartphone peuvent être utilisées par les parents, sous réserve de les informer préalablement de l’intérêt de réduire l’utilisation des cosmétiques et des limites de ces applications (voir fiche Application smartphone)
- Aérer les pièces après l’utilisation de produits cosmétiques volatils, et en particulier les sprays et aérosols
- Lorsque vous en avez connaissance, déclarer les effets indésirables liés à l’utilisation de produits cosmétiques via le dispositif de cosmétovigilance de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Pour les produits d’hygiène quotidienne, cliquez ici
Pour les soins des cheveux, cliquez ici
Pour aller plus loin
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Documentation
- (1) Harley et al, Reducing Phthalate, Paraben, and Phenol Exposure from Personal Care Products in Adolescent Girls: Findings from the HERMOSA Intervention Study. Environ Health Perspect, 2016, 124: 1600–1607
- Recommandations pour la pratique clinique : « Interventions pendant la période périnatale ». Chapitre 5 : Utilisation de produits cosmétiques pour les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les jeunes enfants. Cécile Marie, Ronan Garlantézec, Rémi Béranger, Anne-Sophie Ficheux. Collège National des Sages-Femmes de France. 2021.
- Ficheux et al, Consumption of cosmetic products by the French population. First part: frequency data. Food Chem Toxicol, 2015, 78: 159–169
- Site de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) :
- Site, Les différents labels environnementaux, ADEME
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Information pour les familles
- Site des 1000 premiers jours, section « salle de bain »
- Fiche “Limiter les polluants en choisissant vos produits cosmétique”, Projet Femmes enceintes environnement et santé (FEES) 1p, 2023
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Question type
- Utilisez-vous des produits cosmétiques sur votre peau, comme du maquillage, des crèmes ou des gels ?
- Utilisez-vous du vernis à ongle/dissolvant?
- Utilisez vous certains de ces produits en spray ?
- Est-ce qu’ils sont rincés après application ?
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Exemples de produits régulièrement cités
La liste ci-dessous contient quelques exemples d’ingrédients fréquemment rencontrés dans la composition des produits cosmétiques, en fonction de leurs propriétés (liste non exhaustive), ou de leur taille :
- Acides gras : acides stéarique, palmitique, linolénique et linoléique;
- Agents chélatants/séquestrantsx: sels d’acide éthylène diamine tétraacétique (tetrasodium EDTA, disodium EDTA), autres molécules synthétiques (tetrasodium glutamate diacetate), ou d’origine naturelle (phytate de sodium, acide citrique, acide oxalique);
- Antioxydants: butylhydroxytoluène (BHT), butylhydroxyanisole (BHA), tocophérol, acide ascorbique, acide citrique, lécithines, bêta-carotène;
- Alcools : Ethanol, alcool benzylique, glycérol, sorbitol, propylene glycol, …);
- Alcools gras : alcools cétylique ou stéarique, octyldodecanol;
- Colorants et opacifiants : colorants d’origine synthétique ou végétale (pigments et nacres) / Opacifiants : souvent dérivés de l’acide acrylique (styrène, acrylates copolymer);
- Conservateurs : acides carboxyliques et leurs sels (potassium sorbate, sodium benzoate), parabènes et leurs sels (methyl-, éhtyl- et propyl-parabène), isothiazolinones (methylisothiazolinone,methylchloroisothiazolinone), certains phtalates, phénoxyéthanol (éther de glycol), formaldéhyde, triclosan, huiles essentielles;
- Esters d’acides gras : glycérides : huiles, beurres, graisses et suifs (d’origine végétale, animale ou de synthèse) / Cérides : lanoline (cire de suint de mouton), cire d’abeille, cire de jojoba, ozokérite (cire fossile pétrolifère) / Phosphatides : lécithines, phosphatidylinositol;
- Excipients hydrophiles : épaississants : gomme xanthane, cellulosique, adragante / Gélifiants d’origine naturelle : bentonites, hectorites, alginates, carraghénanes, silice, algues,etc., Gélifiants de synthèse : carbomères;
- Filtres ultraviolets (UV): benzophenone-3, octocrylene, ethylhexyl-methoxycinnamate;
- Gélifiants de phase grasse : mélange de stéarates d’aluminium et de magnésium hydratés;
- Hydrocarbures : issus du pétrole (paraffines, vaselines) ou d’origine végétale (squalane);
- Nano-particules ou nano-matériaux
- Plastifiants : di-butyl-phtalate (DiBP), diethyl- phthalate (DEP), di-methyl-phthalate (DMP), di-2(ethylhexyl)-phtalate (DEHP), diisononyl-phtalate (DiNP), triphenyl phosphate (TPHP), di-2-ethylhexyl-adipate (DEHA), acetyl-tri-n-butyryl-citrate (ATBC), diisononyl-1,2cyclohexanedicarboxylate(DINCH);
- Silicones ou polysiloxanes : cyclopentasiloxane, dimethicone, amodimethicone;
- Tensio-actifs : sodium laureth sulfate, ammonium lauryl sulfate, cetrimonium chloride, cetylpyridinium chloride, cocamidopropyl betaïne, disodium cocoamphodiacetate, acylglutamates (disodium cocoyl glutamate, sodium cocoyl glutamate), alkylpolyglycosides obtenus à partir de sucres et d’huiles végétales (coco glucoside, lauryl glucoside, decyl glucoside).
Auteur : Emilie Burte
Sources rédactionnelles : RCP CNSF Chapitre n°5 : Utilisation de produits cosmétiques pour les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les jeunes enfants
Relecture : Chloé Barasinski, Rémi Béranger
Mise à jour le 24 mars 2026