Définition
Le plomb est un métal lourd d’usage très ancien, qui peut être présent dans notre environnement quotidien : anciennes peintures et canalisations d’eau, certains aliments, cosmétiques (khôl…)et remèdes traditionnels, vaisselle en céramique artisanale, etc. En cas de source de plomb dans l’habitat ou à proximité, celui-ci peut se retrouver dans les sols, la poussière ou l’air.
Messages clés
- L’intoxication au plomb chez les enfants, appelée saturnisme infantile, a des conséquences irréversibles sur leur développement psychomoteur
- Les sources de surexposition au plomb sont nombreuses : fréquentation régulière d’un bâtiment antérieur à 1975, particulièrement avant 1949 et présentant des peintures écaillées ou avec des travaux de rénovation récents, présence de canalisations en plomb dans le logement, entourage exerçant une activité professionnelle ou de loisir à risque d’exposition au plomb, utilisation de vaisselle artisanale ou de cosmétiques et remèdes traditionnels, etc.
- Le saturnisme infantile est une maladie à déclaration obligatoire et est défini par une plombémie atteignant ou dépassant le seuil de 50 µg/L. Toutefois, un seuil de vigilance, indicateur d’une surexposition, a été défini à 25 µg/L
- L’exposition des femmes enceintes au plomb dans le cadre de leur activité professionnelle est réglementairement interdite et doit être immédiatement interrompue
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Etat des connaissances
Le plomb est naturellement présent dans l’environnement. Toute la population est exposée, mais certains comportements peuvent augmenter le niveau d’exposition tels les contacts main-bouche qui amènent à avaler des poussières ou des particules de sol potentiellement contaminés, le tabagisme actif ou passif.
De nombreuses mesures ont été prises pour diminuer l’exposition à ce métal de la population : interdiction de l’usage du plomb dans les essences, changement des canalisations au plomb, amélioration de l’habitat ou contrôle des émissions industrielles.
Aujourd’hui, les sources principales d’exposition au plomb sont :
- Peintures ou sous-couches au plomb : Il convient d’être particulièrement vigilant en cas de travaux ou de peinture qui s’écaillent dans des bâtiments construits avant 1949. Des peintures au plomb étaient encore présentes après 1948, mais en proportion et quantité moindre. Le minium de plomb a également été utilisé sur les ferronneries peintes (ex. gardes corps) avant 1995. Les jeunes enfants sont particulièrement à risque d’ingestion de fragments de peinture ou de poussière, lors de contact main-sol puis main-bouche
- Eau du robinet distribuée dans des canalisations ou plomberies contenant du plomb, surtout quand l’eau présente un pH acide ou est faiblement minéralisée
- Cosmétiques traditionnels (ex: khôl, surma, kajak, tiro, etc.) et remède traditionnels (ex: tisanes, onguents, soins pour plaies, médecine ayurvédiques, etc.)
- Ustensiles de cuisine, vaisselle et récipients alimentaires en céramique artisanale (faïence, cristal, étain, …) ou en alliage métallique contenant du plomb
- Tabagisme, passif ou actif
- Consommation habituelle de gibier issu de la chasse
- Brûlage de bois peint en chauffage
- Objets en plomb ou contenant du plomb (jouets, bijoux, plombs de chasse ou pêche…)
- Ferraillage.
Le saturnisme infantile est défini par une plombémie atteignant ou dépassant le seuil de 50 µg/L. Environ 500 à 700 cas sont diagnostiqués chaque année en France, entre 2015 et 2018, malgré une faible activité de dépistage. Les premiers symptômes du saturnisme peuvent passer inaperçus et sont non spécifiques : fatigue, maux de tête, perte d’appétit, constipation, nausées et vomissement, manque d’attention, nervosité, pâleur en rapport avec une anémie.
Chez l’enfant, si l’intoxication se poursuit, des troubles plus graves apparaissent : troubles du langage, de la motricité et/ou du comportement, difficultés d’apprentissage, ou ralentissement de la croissance. Il existe une corrélation inverse et sans seuil entre la plombémie et certaines performances cognitives.
Les expositions à une source de plomb des femmes enceintes peuvent être à l’origine d’une contamination de l’enfant à naître. Le plomb franchit aisément la barrière placentaire. A la naissance, la plombémie du nouveau-né est voisine de celle de la mère. Les effets du plomb sur la grossesse et le développement sont : une augmentation des risques d’hypertension artérielle gravidique, d’avortement et de prématurité, de petit poids de naissance, d’effets neurotoxiques et de retard du développement des enfants. En France, l’exposition des femmes enceintes durant leur activité professionnelle est réglementairement interdite, et doit être immédiatement stoppée.
Il est important de noter que le plomb a la capacité de s’accumuler dans le système osseux. Le plomb peut ensuite être relargué dans le sang à distance de la période d’exposition, notamment pendant la grossesse.
Les plombémies en population générale sont plus élevées dans certains pays d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est, des Antilles et d’Europe de l’Est. Les femmes issues de la migration présentent donc un risque important d’intoxication au plomb. En France, la plupart des cas de saturnismes sont diagnostiqués en Guyane, en Ile-de-France et en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Il est important de noter que des effets sanitaires sont retrouvés chez l’enfant dans la littérature à des taux sériques inférieurs à 50 µg/L, suggérant des effets sans seuil. Le Haut Conseil de Santé Publique a recommandé la mise en place d’un seuil de vigilance dès 25µg/L. Mais l’absence de seuil d’effet connu justifie que la plombémie de la population générale soit aussi faible que possible, en particulier chez la femme enceinte et les jeunes enfants.
Les stratégies pour réduire le niveau de plomb dans le sang vont être fondées sur l’élimination des sources de plomb dans l’environnement, la mise en place de règles hygiéno-diététiques, ainsi que l’utilisation éventuelle de chélateurs de plomb. L’utilisation de chélateurs peut notamment être envisagée chez certaines femmes fortement exposées qui présenteraient un désir de grossesse.
Concernant l’allaitement, l’excrétion lactée du plomb reste faible mais non nulle (jusqu’à 3% de la concentration sanguine maternelle). Le Haut Conseil de Santé Publique considère que l’indication d’allaitement maternel doit être discutée en cas de plombémie maternelle au-delà de 400 µg/L, mais qu’il n’est pas contre-indiqué en dessous.
En pratique
Pour prévenir les intoxications au plomb :
- Empêcher les enfants de gratter les murs du logement et des parties communes, et de porter les écailles de peinture à la bouche
- En présence de canalisation en plomb, ou en cas de doute, ne pas consommer l’eau du robinet, ou laisser s’écouler le 1er jet après stagnation prolongée
- Ne pas laisser à la portée des enfants des objets en plomb (figurines, plombs de pêche, de chasse, ….) qu’ils pourraient porter à la bouche
- Pour cuisiner ou stocker des aliments, éviter les ustensiles en céramique, étain, cristal ou faïence de fabrication artisanale ou à usage normalement décoratif
- Conseiller aux femmes et à l’entourage (conjoint notamment) de créer un environnement sans tabac (cf fiche Tabac)
- Déconseiller certains usages traditionnels de maquillage type Khôl chez les nouveau-nés, mais aussi dans le logement pour éviter la contamination des poussières pouvant ensuite être ingérées
En cas de présence de plomb dans l’environnement proche :
- Se déchausser à l’entrée du logement
- Passer régulièrement une serpillère humide sur le sol. Ne pas utiliser le balai pour éviter de soulever les poussières
- Laver fréquemment les jouets
- Laver les fruits et légumes avant consommation
- Se laver les mains souvent, en particulier avant les repas, et se couper les ongles courts (pour la famille et les enfants)
- Ne pas poser de moquette dans les pièces où l’enfant joue pour éviter l’accumulation de poussières
- En cas de travaux, éloignez les femmes enceintes et les enfants, et nettoyez la pièce à l’eau, en particulier les sols
Cas particulier des activités “à risque” des parents ou de l’entourage près des lieux de vie, ou en cas d’exposition professionnelle (cf. Expositions professionnelles ) : ferraillage, brûlage des métaux, récupération et stockage de matériaux, ateliers artisanaux de poterie, d’émaillage et fabrication de vitraux…,
- En cas d’activité “à risque”, éloigner les activités, les vêtements de protection et outils de travail des lieux de vie
- Ne pas laisser l’enfant jouer à l’extérieur, sur un sol nu, à proximité du lieu utilisé pour des activités à risque
En cas d’exposition au plomb identifiée, actuelle ou passée, chez la femme enceinte
- Donner les conseils d’hygiène adaptés.
- Prescrire ou faire prescrire une plombémie
- Envisager une plombémie à la naissance chez le nouveau-né
- Rechercher les signes de saturnisme infantile chez l’enfant, et réaliser un dosage de la plombémie en cas de doute
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En pratique allaitement
- En fonction de la plombémie :
- < 400μg/L : il n’existe aucune contre-indication car la concentration attendue dans le lait est < à 12μg/L. Dans ce cas, les avantages de l’allaitement maternel dépassent les inconvénients de l’apport de plomb prévisible
- > 400 μg/L : l’indication de l’allaitement doit être discutée. La consultation d’un service spécialisé dans la prise en charge et le traitement des intoxications par le plomb est recommandée pour l’aide à la décision
En cas d’allaitement maternel :
- Il convient de maintenir un apport calcique d’au moins 2 g par jour chez la mère
- Dans un contexte d’exposition au plomb, actuel ou passé, surveiller les plombémies de la mère et de l’enfant. Une augmentation modérée de la plombémie de mère est attendue dans le mois suivant l’accouchement : elle s’explique par l’hémoconcentration en post partum et par la libération du plomb osseux
- En fonction de la plombémie :
Pour aller plus loin
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Documentation
- Guide pratique de dépistage et prise en charge des expositions au plomb chez l’enfant mineur et la femme enceinte, Haut conseil de la santé publique, Rapport HCSP 2017
- Plaquette à destination des médecins et pédiatres (ARS nouvelle Aquitaine):
- Plaquette à destination des sages-femmes (ARS nouvelle Aquitaine):
- Plaquette à destination des professionnels de santé (ARS nouvelle Aquitaine):
- Bulletin de santé publique plomb et saturnisme en Auvergne-Rhône-Alpes, Janvier 2022.
- Page de pour déclarer un cas de saturnisme ou plombémie à l’agence régionale de santé (ARS)
- Glorennec P., Lucas J.P, Etchevers A., Oulhote Y., Mandin C., Poupon J., Le Strat Y et al. 2015. « Exposition au plomb des enfants dans leur logement. Projet Plomb-Habitat (2008-2014) : principaux résultats, retombées et perspectives ». Environnement, Risques & Santé 14 (1): 28‑37. doi:10.1684/ers.2014.0751
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Information pour les familles
Dépliant Intoxication au plomb et jeunes enfants, Ministère chargé de la santé
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Question type
- Le Haut Conseil de la Santé Publique a élaboré un questionnaire d’identification des facteurs environnementaux de risque d’exposition au plombs, actuel ou récents pour :
Auteur : Emilie Burte
Sources rédactionnelles : Rapport Haut Conseil de la santé publique (HCSP) 2017
Relecture : Philippe Glorennec, Chloé Barasinski, Rémi Béranger, Jacques Cheymol
Mise à jour le 16 avril 2026
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